Pourquoi les organisations doivent repenser leur gestion du risque à l’ère de l’intelligence artificielle ?
L’erreur humaine a toujours été l’un des principaux facteurs des incidents de cybersécurité : emails envoyés par erreur, mots de passe faibles, mauvaises décisions sous pression…
Mais aujourd’hui, avec l’intégration croissante de l’intelligence artificielle (IA) dans les outils du quotidien (assistants d’email, chatbots, plateformes de codage, outils d’aide à la prise de décision), la nature de ce risque évolue profondément.
L’IA ne supprime pas les erreurs humaines. Elle les accélère, les multiplies… et les rend plus difficiles à détecter, souvent dissimulées derrière un faux sentiment de confiance.
Selon le Rapport 2025 sur le coût d’une violation de données d’IBM, 26 % des violations sont dues à des erreurs humaines, tandis que 23 % sont dus à des défaillances informatiques. Avec l’essor de l’IA générative, une nouvelle réalité s’impose : les erreurs quotidiennes ont désormais un impact démultiplié, et les attaquants en profitent plus rapidement que les organisations ne s’adaptent.
Ce qui change vraiment avec l’IA
« Shadow AI » et exposition incontrôlée des données
L’un des risques émergents les plus importants est le « Shadow AI », c’est-à-dire l’utilisation d’outils d’IA générative par les employés sans validation, supervision ni contrôle de sécurité.
Les études montrent une forte augmentation des données sensibles copiées dans ces outils via des comptes personnels : données clients, contrats, rapports internes, et code source. Une fois ces données intégrées dans une plateforme d’IA publique, le contrôle est perdu.
Pour les organisations soumises au RGPD ou à des normes comme ISO 27001, cela représente des risques importants en matière de conformité et de réputation. Dans la majorité des cas, il ne s’agit pas de malveillance, mais d’un manque de sensibilisation des employés qui n’en mesurent pas les conséquences.
Sans gouvernance claire de l’IA, le « Shadow AI » devient rapidement un angle mort dans le système de management de la sécurité de l’information (SMSI).
Surconfiance dans l’IA et biais d’automatisation
Autre sujet critique : la confiance excessive dans les résultats fournis par l’IA.
Plusieurs études montrent que si l’IA peut améliorer la productivité, elle introduit également des risques invisibles. Par exemple, les développeurs utilisant des assistants de code produisent plus rapidement, mais pas nécessairement de manière plus sécurisée. Une proportion significative du code généré par IA contient des vulnérabilités.
Le facteur le plus préoccupant reste la confiance. Lorsqu’une réponse est fluide et convaincante, elle est plus facilement acceptée sans vérification. Ce « biais d’automatisation » entraîne une propagation plus rapide des erreurs, une détection plus tardive, et un coût de correction plus élevé.
En cybersécurité, la vitesse sans contrôle est un multiplicateur de risque. La norme ISO 27001 peut aider à améliorer et à valider les normes de cybersécurité, garantissant ainsi la sécurité et la conformité des opérations.
Phishing, deepfakes et ingénierie sociale
Les attaques de phishing évoluent rapidement grâce à l’IA. Les emails malveillants sont désormais :
- Parfaitement rédigés
- Hautement personnalisés
- Sans fautes apparentes
Les attaquants utilisent également des deepfakes audio et vidéo pour usurper l’identité de dirigeants, de fournisseurs ou de collègues. Les attaques de type BEC (compromission des e-mails professionnels) deviennent plus convaincantes et plus difficiles à détecter.
Dans des environnements sous pression, même des collaborateurs formés peuvent se faire piéger.
L’injection de prompt : le “nouveau phishing”
L’IA introduit de nouvelles surfaces d’attaque, dont l’injection de prompt (prompt injection).
Cette technique consiste à intégrer des instructions cachées ou malveillantes dans des contenus traités par l’IA, afin de contourner les protections, provoquer des fuites de données, ou générer des résultats dangereux. L’utilisateur peut ne pas se rendre compte qu’un problème s’est produit.
Classée vulnérabilité n°1 par l’OWASP (organisation internationale de référence en cyber-sécurité) en matière de sécurité de l’IA, l’injection de prompt est décrite comme une nouvelle forme d’ingénierie sociale.
De la même manière qu’il a fallu apprendre à ne pas cliquer sur des liens suspects, il devient maintenant nécessaire d’apprendre à remettre en question les réponses de l’IA et comprendre comment ces systèmes peuvent être manipulés.
Peut-on réduire les risques liés à l’IA ?
La bonne nouvelle est que ces risques peuvent être maîtrisés, à condition d’agir tôt et d’adopter une approche structurée.
Les normes internationales comme ISO 27001 (management de la sécurité de l’information) et ISO 42001 (systèmes de management de l’IA), ainsi que le Règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act), apportent un cadre clair pour maîtriser et réduire les risques liés à l’IA.
Priorités pour les organisations
1. Gouvernance de l’IA
- Définir les outils autorisés et les cas d’usage acceptables
- Attribuer des rôles et responsabilités clairs
- Intégrer les risques d’IA dans le SMSI et les registres de risques
2. Prévention des pertes de données (DLP)
- Empêcher l’exposition de données sensibles
- Appliquer anonymisation, masquage et marquage
- Surveiller et tracer les flux de données liés à l’IA
3. Développement et déploiement sécurisés
- Appliquer l’approche « secure by design » (sécurité intégrée dès la conception et tout au long du cycle de vie)
- Réaliser des analyses de risques et modélisations de menaces
- Vérifier les contenus et le code générés par IA avant utilisation
4. Formation centrée sur l’humain
- Mettre à jour les programmes de sensibilisation pour inclure :
- phishing assisté par IA
- deepfakes
- injection de prompt
- Renforcer une culture « faire confiance, mais vérifier »
- Envisager les certifications ISO 27001 et ISO 42001
5. Supervision et vérification
- Mettre en place une validation renforcée pour les décisions critiques
- Maintenir une responsabilité humaine pour les actions assistées par l’IA
Pourquoi les normes ISO sont plus importantes que jamais
La sécurité de l’IA n’est plus uniquement une question technique : c’est un enjeu de gouvernance, de gestion des risques et de conformité.
Les normes ISO apportent une structure essentielle :
- ISO 27001 permet de gérer de manière systématique les risques liés à la sécurité de l’information, y compris ceux introduits par l’IA
- ISO 42001, première norme mondiale dédiée aux systèmes de management de l’IA, fournit un cadre pour une utilisation responsable, sécurisée et éthique
Ensemble, elles permettent de :
- Démontrer la conformité
- Réduire les risques réglementaires et réputationnels
- Renforcer la confiance des clients, partenaires et régulateurs
- Déployer l’IA de manière maîtrisée et responsable
Chez IMSM, nous accompagnons les organisations à chaque étape de leur parcours ISO, de l’analyse des écarts à la mise en œuvre, jusqu’à la certification et l’amélioration continue.
Conclusion : l’IA ne remplace pas l’erreur humaine, elle la multiplie
L’IA transforme rapidement le paysage des menaces de cybersécurité. Shadow AI, code vulnérable, deepfakes et injection de prompt… Ces risques ne sont plus théoriques : ils sont déjà une réalité.
Les organisations les plus résilientes seront celles qui :
- Traitent l’IA comme un risque global, pas uniquement informatique
- Mettent en place une gouvernance dès maintenant
- S’alignent sur des référentiels reconnus comme ISO 27001 et ISO 42001
- Investissent autant dans l’humain que dans la technologie
Prochaine étape
Si votre organisation utilise déjà l’IA (officiellement ou non), commencez par cartographier les usages et comprendre où et comment elle est utilisée.
Ensuite, alignez vos contrôles avec ISO 27001, ISO 42001 et le Règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) afin de combler les lacunes les plus critiques.
FAQ – IA, erreur humaine et cybersécurité
Comment l’IA augmente-t-elle les risques en cybersécurité ?
Elle accélère la prise de décision humaine et amplifie les erreurs. Une confiance excessive ou une utilisation non encadrée peut entraîner des violations de données, du code vulnérable ou des fraudes.
Qu’est-ce que le « Shadow AI » et pourquoi est-ce dangereux ?
C’est l’utilisation d’outils d’IA sans contrôle et validation interne, exposant potentiellement des données sensibles et créant des risques de conformité et de sécurité.
ISO 27001 couvre-t-elle les risques liés à l’IA ?
Oui. La norme ISO 27001 permet d’identifier, d’évaluer et de gérer les risques liés à la sécurité de l’information, y compris ceux liés à l’IA.
Qu’est-ce que la norme ISO 42001 ?
ISO 42001 est la première norme internationale dédiée au management de l’IA, couvrant la gouvernance, les risques, la transparence et la conformité sur tout le cycle de vie.
Comment l’IA rend-elle le phishing plus efficace ?
Elle permet de créer des messages très réalistes, personnalisés et sans erreurs, ainsi que des deepfakes et des fraudes par usurpation d’identité.
Qu’est-ce que l’injection de prompt ?
C’est une technique qui consiste à insérer des instructions malveillantes dans les contenus traités par l’IA afin de provoquer des fuites de données ou de contourner les protections.
L’IA peut-elle remplacer le jugement humain ?
Non. Elle doit rester un outil d’aide à la prise de décision, avec une supervision humaine.
Quelles actions pour réduire les risques liés à l’IA ?
- Définir une politique d’usage
- Mettre en place des contrôles de prévention des pertes de données (DLP)
- Sécuriser les systèmes
- Former les équipes
- S’appuyer sur ISO 27001 et ISO 42001
Les PME sont-elles concernées ?
Oui. Elles sont souvent plus vulnérables faute de contrôles formalisés. Les normes ISO offrent des cadres adaptés et évolutifs.
Comment IMSM peut accompagner ?
En aidant à la mise en œuvre d’ISO 27001 et ISO 42001 pour gérer les risques, assurer la conformité et renforcer la confiance.
Sources & lectures complémentaires
- IBM Security – Rapport 2025 sur le coût d’une violation de données : Les lacunes de contrôle de l’IA
- Netskope – Cloud Threat Report : Rapport sur l’informatique en nuage et les menaces 2025
- OWASP – Top 10 for Large Language Models
- ANSSI – L’intelligence artificielle générative face aux attaques informatiques : Synthèse de la menace en 2025
- Commission européenne – Lignes directrices sur la définition d’un système d’intelligence artificielle
- Union européenne – Règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act)



